05. L'eau : filtrée en chambre, et l'eau des piscines
Oct 08, 2026Une eau que l'on boit en confiance et un bassin dont l'air ne pique pas les yeux sont deux choses qu'un client avancé vérifie en silence.
Pourquoi le sujet compte
Dans la chambre, il regarde d'où vient l'eau qu'on lui propose : bouteille plastique, robinet, carafe. Au bord de la piscine, il sent l'odeur dite « de chlore » et sait souvent qu'elle n'est pas celle du chlore. Il ne demande rien. Il compare.
Les deux sujets se traitent avec peu de moyens, et surtout avec une information affichée.
Ce que la science établit
L'odeur de piscine vient des chloramines. Le chlore désinfecte l'eau, puis réagit avec ce que les baigneurs apportent : sueur, urine, cosmétiques. Il se forme des sous-produits de désinfection, dont la trichloramine, un gaz irritant qui passe de l'eau à l'air d'un bassin couvert. Teo et al., 2015 ; Yang et al., 2018. Établi.
Plus de nageurs, plus de trichloramine dans l'air. Mesurée en continu dans un centre aquatique pendant une compétition, la trichloramine de l'air a augmenté avec le nombre de nageurs. Elle était plus élevée juste au-dessus de l'eau, là où l'on respire en nageant. Wu et al., 2021. Établi, sur un seul site.
Au-delà d'un certain niveau, les voies respiratoires réagissent. Dans une piscine municipale belge où la trichloramine a dépassé à plusieurs reprises la valeur de 0,5 mg/m3 (valeur de référence citée par Seys et al., 2015), 22 des 26 nageurs et entraîneurs testés présentaient une hyperréactivité bronchique. La cause était une colle utilisée pour réparer une canalisation. Seys et al., 2015. Chez les personnels de piscines suédoises, les symptômes des yeux et du nez sont plus fréquents ; aux faibles niveaux mesurés, aucun effet sur la fonction respiratoire n'a été trouvé. Löfstedt et al., 2016. Établi, chez des nageurs réguliers et des personnels, pas chez des clients d'hôtel de 55 ans et plus.
Les bénéfices de la nage dépassent les risques chimiques connus. C'est la conclusion d'une revue de l'épidémiologie disponible, qui recommande de réduire ces risques plutôt que d'éviter le bassin. Villanueva et Font-Ribera, 2012. Établi.
Ce qui est émergent
Des marqueurs biologiques bougent après une séance. Chez 49 adultes non fumeurs ayant nagé 40 minutes dans un bassin couvert chloré, les trihalométhanes de l'air expiré ont été multipliés par sept, et certains marqueurs de génotoxicité ont varié avec l'exposition. Kogevinas et al., 2010. Les auteurs en concluent qu'il faut réduire les sous-produits, pas renoncer à nager. Émergent.
Le plastique des bouteilles. Une méthode d'imagerie récente a compté environ 240 000 particules de plastique par litre d'eau en bouteille, dont 90 % de nanoplastiques, bien plus que ce que l'on mesurait auparavant. Qian et al., 2024. L'étude porte sur quelques marques, dans un seul laboratoire. Ce que ces particules font dans le corps n'est pas établi. Émergent.
Ce que l'on refuse de dire
Nous ne disons pas que l'eau du robinet d'un pays européen est dangereuse. Là où elle respecte les normes, elle est contrôlée, et les lignes directrices de l'OMS pour l'eau de boisson en fixent le cadre.
Nous ne disons pas qu'une eau filtrée, alcaline, « structurée » ou enrichie améliore la santé. Aucune de ces promesses n'est étayée.
Nous ne disons pas qu'une piscine chlorée est toxique, ni qu'une piscine « au sel » est sans chlore : l'électrolyse du sel produit précisément du chlore.
Nous ne disons pas que les nanoplastiques de l'eau en bouteille causent une maladie. Nous disons qu'un hôtel peut proposer une eau filtrée dans un contenant réutilisable, ce qui retire la question.
Ce qu'un hôtel peut faire
Pourquoi le sujet est négligé. L'eau en chambre est souvent traitée comme un produit du minibar, et la piscine comme un poste technique. Le client y voit un signal de soin.
Base minimale (de l'ordre de quelques dizaines d'euros par chambre). Une carafe filtrante, ou une bouteille en verre remplie à une fontaine filtrée d'étage ; l'origine de l'eau et le type de filtre indiqués sur une carte. Pour la piscine : l'affichage quotidien du mode de traitement, du chlore libre, du chlore combiné et du pH, déjà relevés pour la réglementation ; une douche avant le bain réellement encouragée, car moins d'apports des baigneurs, c'est moins de chloramines.
Base optimisée (de l'ordre de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'euros, selon le bassin). Une fontaine filtrée par étage avec entretien tracé. Pour un bassin couvert, une ventilation vérifiée, avec reprise d'air près de la surface de l'eau, et un traitement complémentaire du type charbon actif, décrit dans la littérature technique pour abaisser les sous-produits. Teo et al., 2015.
Ce qui est visé. Une eau filtrée disponible en chambre sans plastique jetable, et un bassin dont les valeurs sont publiées chaque jour. Les ordres de grandeur sont indicatifs, à confirmer par devis.
Ce que le Living Lab mesure
Relevé prévu. Le Living Lab, près de Lisbonne, s'équipe par vagues. Seront mesurés l'eau du robinet avant et après filtration (chlore libre, dureté, résidu sec), et, dans les lieux audités qui disposent d'un bassin, les valeurs affichées de chlore libre et combiné comparées à un relevé indépendant.
Les résultats seront publiés ici, datés.
Sources
- Teo TLL et al. Chemical contaminants in swimming pools: occurrence, implications and control. Environ Int, 2015. doi:10.1016/j.envint.2014.11.012
- Yang L et al. Regulation, formation, exposure, and treatment of disinfection by-products (DBPs) in swimming pool waters: a critical review. Environ Int, 2018. doi:10.1016/j.envint.2018.10.024
- Wu T et al. Real-time measurements of gas-phase trichloramine (NCl3) in an indoor aquatic center. Environ Sci Technol, 2021. doi:10.1021/acs.est.0c07413
- Seys SF et al. An outbreak of swimming-pool related respiratory symptoms: an elusive source of trichloramine in a municipal indoor swimming pool. Int J Hyg Environ Health, 2015. doi:10.1016/j.ijheh.2015.03.001
- Löfstedt H et al. Respiratory and ocular symptoms among employees at Swedish indoor swimming pools. J Occup Environ Med, 2016. doi:10.1097/JOM.0000000000000883
- Villanueva CM, Font-Ribera L. Health impact of disinfection by-products in swimming pools. Ann Ist Super Sanita, 2012. doi:10.4415/ANN_12_04_06
- Kogevinas M et al. Genotoxic effects in swimmers exposed to disinfection by-products in indoor swimming pools. Environ Health Perspect, 2010. doi:10.1289/ehp.1001959
- Qian N et al. Rapid single-particle chemical imaging of nanoplastics by SRS microscopy. PNAS, 2024. doi:10.1073/pnas.2300582121
- Organisation mondiale de la santé. Guidelines for drinking-water quality, 4e édition incorporant les premier et deuxième addenda, 2022. who.int
- Organisation mondiale de la santé. Guidelines for safe recreational water environments, volume 2 : Swimming pools and similar environments, 2006. who.int
Du côté du fondateur
Question 15 · Qu'est-ce qui est mesuré dans le lieu lui-même : air, lumière, eau ?
L’audit longévité pour les lieux · Le journal de recherche
IO8 Living Lab, près de Lisbonne. Mesuré, jamais promis.